Les aventures de DJ Roodoo et Dieu

Assis au fond du sanctuaire de Châteauneuf de Galaure, je goûte encore quelques secondes de silence avant de m’en aller, lorsque quelqu’un s’installe à l’orgue discrètement. Au moment où je me lève, il plaque son premier accord et je me rassois aussitôt, scotché, tandis que les quelques badauds venus faire leurs dévotions s’enfuient assez précipitamment. Pendant 7 minutes, le grand orgue de cette église de béton nu emplit tout l’espace et fait trembler les murs avec une progression d’accords tantôt comme discordants, tantôt éclatant sur une note triomphante, disant avec majesté une transcendance qui dépasse totalement nos conceptions étriquées et une victoire qui semble vouloir s’emparer de tout. Je m’accroche à mon banc, le son est tellement puissant que j’ai l’impression que je vais me retrouver éclaté contre le mur du fond dans la seconde, un peu comme si je me tenais derrière le réacteur d’un Boeing au décollage. Putain d’expérience, et musicale, et spirituelle ! Je me dis en rigolant que si on jouait ce genre de trucs à la messe, les églises serait pleine de fans de techno hardcore…Et, bon sang mais c’est bien sûr ! La connexion me paraît tout à coup évidente : cette sorte de sensation d’ascension perpétuelle, d’un souffle puissant qui semble venir du sol et te pousser  de bas en haut vers un infini incompréhensible, vivant et glorieux, c’était quand la dernière fois ? Un set de Manu le Malin il me semble. Pas la même école donc, et je ne suis pas sûr que coller des pieds hardcore sur de l’orgue serait du meilleur goût, mais le jusqu’au boutisme se moquant éperdument des canons de la mélodie confortable est un peu le même, ainsi que la sensation d’immensité qui se dégage. Orgues d’église, gros sound systems, même combat… ?
Le silence retombe et je me précipite vers l’organiste en train de plier ses partitions.


«- C’était quoi ça ?!!!!
- Hein ?
- Ce que vous venez de jouer, c’était quoi ?
Le gars me regarde en souriant, il ménage son effet…
- Ah, ça… ? Olivier Messiaen, « Apparition de l’Eglise Eternelle »

Il retourne à ses partoches et me laisse en plan, les os encore grésillants de la décharge sonique dont l’écho ne s’est pas encore tout à fait tu dans le sanctuaire immense. J’avais vaguement entendu quelques trucs de Messiaen il y a longtemps, et à vrai dire je n’avais rien compris et ça m’avais vite saoulé. Là, in situ, cette musique prend toute son ampleur et c’est peu de dire que c’est une sacrée baffe…En farfouillant un peu, je me suis aperçu que le bonhomme avait eu pour élèves Xenakis, Boulez ou Stockhausen, qui comptent parmis les influences majeures de Kraftwerk, initiateurs de l’electro. Je n’irai pas jusqu’à en tirer des conclusions sur l’impact de la musique d’Olivier Messiaen sur la tecktonik, mais j’aime bien qu’une boucle soit bouclée.

L’enregistrement que j’ai trouvé sur youtube est assez crado, mais de tous ceux que j’ai trouvés sur le web c’est celui qui offre le meilleur aperçu de l’ampleur du morceau :