"Jephte Guillaume pres. Erol Josue – Papa Loko" par DJ ROODOO

undefinedLa house, c’est comme un bon plat traditionnel. Il y a une recette de base avec des ingrédients que l’on retrouve toujours, et ensuite chacun y rajoute sa touche personnelle. Des exemples ? Le pot-au feu, ou encore la deep-house, qui n’est rien d’autre que la house originelle passée par le filtre de la club culture new-yorkaise, des influences jazz et africaines, et restituée plus acoustique, plus « spirituelle » et plus mélancolique que sa sœur aînée chicagoane.
Jephté Guillaume est un artiste new-yorkais d’origine haïtienne, dont la famille a fui le régime Duvalier alors qu’il était encore enfant, et qui parallèlement à ses projets de musique traditionnelle des caraïbes a développé une carrière de producteur et deejay house, couronnée dès 1997 par le hit underground « the prayer », ainsi qu’une kyrielle de maxis et deux albums profondément inspirés par la culture haïtienne et plus particulièrement le vaudou.
Que la house, culture technologique urbaine, et le vaudou haïtien, religion traditionnelle insulaire, se rencontrent n’est finalement pas si contradictoire qu’il pourrait y paraître, tout d’abord parce que ces deux disciplines sont chacune à leur manière l’héritage des descendants d’esclaves (on ne redira jamais assez à quel point les racines profondes de la dance-music moderne, de la house au hardcore en passant par la techno, sont africaines.), mais également parce que dans les deux cas nous avons affaire à un art de la transe, qu’elle soit hédoniste et vécue sur le dance-floor d’un club, ou spirituelle et connectée à un savoir ancestral.
Sur le track « Papa Loko », sorti en 2007, Jephté Guillaume invite Erol Josué, un chanteur et musicien new-yorkais très impliqué dans la culture haïtienne. Le texte créole évoque une divinité du panthéon vaudou, qui est souvent représentée sous les traits de Saint Joseph ou de l’Ange Gabriel, selon la traditionnelle assimilation des représentations chrétiennes dans les cultes d’Amérique centrale et septentrionale. Le morceau, simple et très tribal, invite à un long voyage à des années lumières des fantasmes occidentaux sur le vaudou à base de magie noire et autre zombies…Ici on part plutôt pour un trip élémental où beats, percus, synthés, basses et cuivres se répondent sur une partition syncopée et répétitive propice au décollage. La production est très spatiale, avec moults delays et réverbs et un jeu sur les volumes des voix, qui suscitent une impression d’espace illimité d’où jaillissent les chœurs, tandis que le lead-vocal lancinant et plaintif comme une litanie scande le thème principal tel une invocation. On retrouve dans l’écriture synthés-beats les éléments caractéristiques de la deep house, on pensera notamment au séminal « french kiss » de Lil Louis pour le développement de mélodies synthétiques entêtantes. Le mariage particulièrement réussi avec les éléments de musiques traditionnelles, loin d’engendrer l’un de ces remixes « world » bâtards et par trop hétérogènes, accouche d’un morceau en apesanteur, dont le groove intemporel semble en communion avec les éléments, le vent, la terre, et la voix des hommes. Beau à chialer."
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