"GAW GAGAW GAGAW GAGAW suite" par DJ ROODOO

undefinedRésumé de l’épisode précédent : nos valeureux héros apprennent à manier le sabre laser sous ecstasy…

Donc, le côté obscur. Présent, quasiment dès le début. Latent, dans les influences EBM à la Front 242. Plus tangible déjà sur des morceaux comme « Acid trax » de Phuture, où il n’y a rien, qu’une beatbox martiale et une tb303 obsessionnelle. Plus que suggéré dans la techno de Detroit ou d’ailleurs, qui sait au besoin se faire menaçante. Parfaitement explicite enfin quand le hardcore pointe son nez en 91 avec Mescalinum United. Sans parler des fêlés de l’electronica. Des psychotiques breakcore. Des grands malades de l’illbient, et de tous ceux qui ont choisi dès le départ de pousser les bécanes dans leurs derniers retranchements, sans se soucier de sonner happy et positif, comme aurait pu l’exiger l’euphorie dominante.…Aphex Twin y reconnaîtra les siens : tempos intenables. Mélodies vicieuses.
Sonorités inconfortables. Paysages glacés. Stridences vrille-neurones, qui rappellent que l’aventure électronique sera tout sauf une promenade de santé. Les machines, froides, inhumaines, en adéquation parfaite avec les sentiments les plus sombres. Univers d’insectes biomécaniques. Ce soir c’est sans filet, et si tu te gaufres, personne ne viendra te rattraper…La techno se paye ici une virée borderline, entre la dark-fantasy de Lovecraft et les univers psychotiques de Philip K. Dick. Si cette formidable énergie nous fait bouger depuis longtemps, le côté obscur n’est jamais bien loin. Le bad trip ! Le truc malveillant qui te guette au détour d’une boucle acid innocente pour te péter la tête...Et 20 ans que ça dure ! On est à l’abri nulle part : n’importe quel deejay à priori inoffensif peut soudain te faire un tunnel bien noir, et tu vas te retrouver à danser en serrant les dents et les fesses, en attendant que ça passe. Et, bon…Tu vas adorer ça, faut l’avouer aussi.

Courant mondialement dominant durant les années 2000, la minimale est à bien des égards l’héritière de la techno minimaliste de nos bonnes vieilles raves. Ok, elle a ralenti le tempo, elle a remisé les synthés analogiques pour se vouer entièrement au culte du sacro-saint computer. Elle a aussi laissé de côté l’imagerie futuriste et les images de synthèse chères aux ravers millésimés 90’s. C’est plutôt la musique électronique d’aujourd’hui que celle d’un fantasme d’avenir utopique, auquel soit dit en passant tout le monde a cessé de croire depuis un certain 11 septembre. La perchitude n’est plus trop de mise, en apparence au moins, et on a aussi rangé les pisto-lasers fluos, ok…Tout est beaucoup plus feutré, plus…Minimal. Mais c’est toujours la même recherche, non-stop music, d’un groove artificiel binaire, de textures et de rythmes électroniques habilement mixés qui envoient les messages adéquats au cerveau, aux jambes et au reste. Dance-music, au sens noble. Et comme il est établi qu’il ne s’agit finalement que d’un avatar récent de la house-music, on ne s’étonnera pas de retrouver des constantes. Dont notre cher « côté obscur », même si pour le coup les jeunes padawans  aux looks de designers d’entreprise ont adopté des atours moins voyants et tapageurs que leurs aînés jedis. N’empêche que, musique « atmosphérique » par excellence, la minimale sait dépeindre de beaux paysages dark…
Exemple parlant de track minimal nerveux, sombre et sévèrement vrillé, le « Noiser » de Audion aka Matthew Dear, producteur américain signé sur la crème des labels dédiés à la minimale. Sorti sur le label Spectral Sound – tout un programme – en 2007, ce morceau purement électronique déroule progressivement ses orbes vénéneuses, sans jamais se défaire d’une basse menaçante sur laquelle viennent se greffer gémissements synthétiques flippants et rythmiques sèches, dépeignant en peu de traits un paysage hostile et désolé comme une planète alien. Encore une fois, des réminiscences SF, des images de Kubrick, de Ridley Scott ou de James Cameron s’imposent. Des astres noirs, des organismes prédateurs, des machines sans pitié. Des tracks alliant de la sorte noirceur et groove un poil déviant, la minimale en regorge. Autant dire que si le délire futuriste est plus que rincé, ce ne sont pas pour autant les sonorités propres à exciter l’imagination des nerds et autre sci-fi freaks qui manquent dans la techno actuelle…so long pour le côté obscur.

Audion – Noiser à télécharger ici : HYPERLINK "http://www.mediafire.com/?az0tizjdfch"